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Gabon : Le développement des TIC stimulé par une politique volontariste de soutien au numérique

Devant l’essoufflement de sa rente pétrolière, le gouvernement gabonais, cherchant à diversifier son économie, a réussi à développer le secteur des nouvelles technologies en une dizaine d’années par une politique volontariste de promotion et d’investissements dans le secteur du numérique.

Le Gabon est aujourd’hui le 6ème pays africain le plus connecté (le 1er en Afrique centrale) selon le dernier classement de l’indice de développement des TIC (2017) de l’Union internationale des télécommunications, et le pays a divisé par 10 le coût de l’accès à Internet tout en multipliant par 7 le nombre d’abonnés en une décennie.

Le Gabon a par ailleurs développé de nombreux services liés, dont le mobile money qui compte désormais plus de 200 000 utilisateurs par mois, pour des volumes de transactions mensuelles de plus de 20 Mds FCFA. Avec un chiffre d’affaires global, toutes branches confondues, de 249 Mds de FCFA en 2019 (soit environ 5 % du PIB), le secteur des TIC emploierait plus de 10 000 personnes. Malgré quelques ralentissements dus à la situation économique depuis 2014, les perspectives du secteur restent positives.

Le Gabon a investi massivement depuis 2012 dans la construction d’un réseau haut débit à fibre optique

Les infrastructures se sont mises en place progressivement notamment grâce au soutien des bailleurs. La composante gabonaise du projet sous-régional « Central African Backbone » (CAB) a été lancée en 2010 avec l’appui financier de la Banque africaine de développement et la Banque mondiale. Au-delà d’un projet dont la finalité est d’interconnecter tous les pays de l’Afrique centrale, il vise aussi à doter le Gabon d’un réseau performant de communications.

Le projet Backbone National Gabonais (BNG, boucle optique qui part du point d’atterrissement du câble sous-marin ACE et se déploie sur l’ensemble du territoire), approuvé en mars 2012 par le Conseil d’administration de la Banque mondiale, a bénéficié d’un prêt de 58 M USD, puis d’un financement additionnel de 23 M USD en 2016.

Ce réseau terrestre d’une longueur de 1 500 km à travers le Gabon le long de la voie ferrée est exploité par la société Axione (filiale de Bouygues Energies & Services) qui intervient comme opérateur privé de l’infrastructure afin d’exploiter, maintenir, et commercialiser les capacités du réseau de fibre optique dans le cadre d’une délégation de service public signée début 2015 avec la Société de patrimoine des infrastructures numériques (SPIN).

Depuis le début de cette commercialisation, les tarifs ont fortement baissé (entre 44 et 88 %) et la qualité s’est grandement amélioré grâce notamment à la mise en place d’une sécurisation automatique entre les deux câbles sous-marins qui arrivent au Gabon.

Le développement des infrastructures et les réformes entreprises sur le plan institutionnel – redéfinition des rôles de l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF) et du régulateur ARCEP – ont permis d’attirer des investissements étrangers, dont le Group Vivendi Africa (GVA) qui a lancé en octobre 2017 au Gabon sa première opération africaine en tant que fournisseur d’accès Internet, avec un investissement de près de 10 Mds FCFA sur trois ans.

L’opérateur déploie son propre réseau de fibre optique jusqu’au domicile – Fiber To The Home (FTTH) – en partenariat avec la Société d’Energie et d’Eau du Gabon (SEEG). GVA commercialise sous la marque CANALBOX ses offres Internet très haut débit à destination du grand public, le prix d’entrée de gamme étant 25 000 FCFA/mois pour 10 mpbs, en illimité et sans engagement.

Ce secteur dynamique est devenu un vivier pour le développement des compétences et de l’innovation

De nombreuses initiatives ont vu le jour en matière de formation comme le projet « Train my generation 5 000 » (partenariat Airtel-Unesco visant à former 5 000 jeunes aux technologies de l’information et de la communication) ou encore la création du premier campus virtuel d’Afrique centrale (centre de ressources e-learning Avicenne, inauguré à Libreville en 2016).

Tout un écosystème s’est surtout mis en place autour d’initiatives privées à l’instar du challenge « Startupper » de TOTAL, ou le monde associatif, visant à aider de jeunes créateurs, et mettre en place des démarches d’incubation (Junior Achievement – Fondation Entreprenarium…).

En 2018 est lancée la Société d’Incubation Numérique du Gabon (SING) en partenariat avec l’État et la Banque mondiale. La société fournit aux entreprises des services de soutien à la transformation numérique (conseils et diagnostics, solutions informatiques, etc.) et elle fonctionne comme une couveuse d’entreprises, à travers son programme d’accélération « Cohorte Innovation 4.0 », offrant du soutien au financement et à l’exécution, accès au mentorat et aux investisseurs, formations, etc.

Un secteur non négligeable pour l’économie gabonaise

Le secteur du numérique est un levier de croissance important pour l’économie gabonaise. En effet, le marché des télécommunications du Gabon est désormais caractérisé par la connexion des principaux centres urbains à la technologie 3G/4G. Le taux de pénétration d’Internet se situait autour de 50 % en 2017 (en majorité via des terminaux mobiles) tandis que le taux de pénétration du mobile était de 138 % en 2018 selon les chiffres de l’UIT relayés par la Banque mondiale. Le chiffre d’affaires global du secteur atteint près de 250 Mds FCFA par an pour un ARPU1 téléphonie mobile mensuel de 35 000 FCFA.

L’exercice 2019 a été plutôt favorable au secteur : le nombre d’abonnés téléphonie mobile est en hausse de +2,1 %, tandis que le nombre d’abonnements Internet a augmenté de 6,7%2, hausse portée par le développement d’offres concurrentielles sur l’Internet mobile et par l’amélioration de la couverture réseau. Le parc des abonnements Internet est partagé entre quatre opérateurs : Airtel Gabon (Internet mobile), Gabon Telecom (Internet mobile, ADSL et fibre), GVA (fibre FTTH) et GBM (ADSL et fibre).

Des perspectives encourageantes malgré quelques ralentissements

Certains projets ont dû être réorientés, et d’autres ont pris un peu de retard, en raison d’un manque de financements. Ainsi, le projet de « Villages numériques », lancé en 2015, porté par la société Samsung et visant à proposer des plateformes éducatives, sanitaires et sociales dans les zones rurales éloignées a été stoppé pour être réorienté dans le cadre du programme E-Gabon proposé par l’ANINF, décliné en e-santé, e-visa, e-taxes etc.

Dans la continuité du projet BNG, le projet e-Gabon (2016-2022), financé par la Banque mondiale (57,5 M USD), vise à moderniser les équipements et infrastructures des établissements de santé et à mettre en place des incubateurs spécialisés dans le domaine des TIC. Un appel d’offres est d’ailleurs en cours pour l’informatisation des hôpitaux du pays.

Prévue dans le cadre du Plan sectoriel Gabon numérique, la stratégie de migration vers la télévision numérique était programmée pour fin 2015. Les reports successifs liés à des difficultés de financement notamment ont rendu le projet moins pertinent en raison des évolutions technologiques, d’autant que les offres satellitaires connaissent une forte pénétration dans le pays (près de 340 000 abonnés, en croissance continue). Le secteur souffre néanmoins de la problématique du piratage, de plus en plus conséquent, et des offres IPTV.

De même, la mise en œuvre de la phase 2 du projet CAB (extension du réseau de fibre optique par la pose d’un linéaire de 2 185 km supplémentaires destiné à connecter l’arrière-pays, et création de deux datacenter et d’un Centre d’alerte et de réaction aux attaques informatiques (CSIRT)) est pour le moment suspendue à l’obtention de financements. Néanmoins, les travaux d’extension de la phase 1 du projet CAB en vue de l’interconnexion au nord du Gabon notamment (520 km de fibre optique terrestre) réalisés par l’opérateur sud-coréen KT Corporation depuis 2017 sont en cours de réception.  Fin 2019, Gabon Telecom a mis en place un champ d’expérimentation de la 5G pour un an sur trois sites de Libreville en partenariat avec le groupe Huwaei et Nokia, alimentant des perspectives plutôt positives pour ce secteur, à condition que des financements soient trouvés dans un contexte économique contraint.

Alexandre Le – Grand

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