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Selon la CNUCED, la ZLECAf peut créer des économies résilientes après le Covid-19

Paul Akiwumi, Directeur pour l'Afrique et les pays les moins avancés, CNUCED.

Dans son Rapport sur le développement économique en Afrique 2020, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), souligne que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) peut créer des économies résilientes après le Covid-19.

Selon l‘organisation onusienne, la crise de la pandémie Covid-19 a aggravé les vulnérabilités causées par la dépendance excessive des économies africaines sur les marchés mondiaux. Face à cette situation, seule une intégration plus poussée peut créer des économies résilientes. En effet, l’approfondissement de l’intégration régionale sur le continent par le biais de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) peut créer des économies résilientes après le Covid-19.

Dans ce cadre, souligne la CNUCED, « la ZLECAf, si elle est mise en œuvre rapidement et efficacement, peut relever les défis découlant de la dépendance de l’Afrique sur les marchés mondiaux tout en créant plus de valeur dans les économies locales. Cela contribuera à son tour à réduire la vulnérabilité aux futures pandémies ».

En outre, «elle pourrait aussi, d’ici 2035, augmenter les exportations totales de l’Afrique de 29%, le commerce intracontinental de plus de 81% et les exportations africaines vers le reste du monde de 19%, la plupart des gains revenant au secteur manufacturier ».

Cependant, la mise en œuvre de la ZLECAf nécessite des ressources financières importantes en raison de la nécessité de remédier aux goulots d’étranglement des infrastructures, d’investir dans les capacités de production et d’élargir l’accès aux flux de trésorerie opérationnels des entreprises.

Le déficit de financement des infrastructures du continent varie de 68 à 108 milliards de dollars, tandis que son déficit de financement du commerce est estimé à 91 milliards de dollars par an. D’autres actions prioritaires comprennent la mise en place et l’opérationnalisation de cadres institutionnels pour coordonner la mise en œuvre et le suivi de l’accord, ainsi que la sensibilisation et le développement de la capacité d’un large éventail d’acteurs à atteindre ses objectifs. L’Afrique doit donc mobiliser davantage de capitaux nationaux, effort qui est souvent contrecarré par des sorties de capitaux illicites, entre autres obstacles, préconise la CNUCED.

Réduction des flux illicites, clé d’un meilleur relèvement

Les flux financiers illicites (FFI) drainent chaque année des milliards de dollars hors d’Afrique. La réduction de ces flux contribuera à augmenter certaines des ressources indispensables à la réalisation de la ZLECAf. À leur tour, ces derniers peuvent fournir un cadre de coopération et des capacités institutionnelles pour lutter contre les FFI.

En 2015, les FFI du continent étaient estimés à 50 milliards de dollars par an. La CNUCED en 2020, estime que l’Afrique perd environ 88,6 milliards de dollars par an en raison de la fuite illicite des capitaux. Les FFI semblent les plus importants dans le secteur extractif, estimés à plus de 40 milliards de dollars en 2015 et à un montant cumulé de 278 milliards de dollars de 2008 à 2018. En outre, les défis financiers de l’Afrique sont actuellement exacerbés par l’impact du COVID-19 et l’ampleur des réponses au relèvement.

Le processus de la ZLECAf, y compris les interventions préparatoires et la mise en œuvre effective (qui devrait commencer au début de 2021), coïncide avec la propagation mondiale du COVID-19 et son rétablissement. Celles-ci créent un dilemme avec des priorités concurrentes entre la ZLECAf et les exigences de recouvrement du COVID-19 pour l’allocation budgétaire, y compris à partir de ressources supplémentaires récupérées auprès des FFI. Néanmoins, la construction d’économies africaines post-COVID-19 plus fortes est liée aux résultats potentiels de la ZLECAf.

Par exemple, la réduction des FFI pourrait éventuellement augmenter le capital disponible pour les entreprises, en renforçant leurs capacités de production et de commerce vers les marchés de la ZLECAf, en particulier à un moment où la pandémie a gravement affecté leur trésorerie.

La réduction des FFI peut également fournir aux gouvernements l’espace budgétaire supplémentaire nécessaire pour soutenir provisoirement une reprise du secteur privé après l’impact du Covid-19 et financer les arrangements de capacité institutionnelle et d’autres actions nécessaires pour assurer l’opérationnalisation de la ZLECAf.

Collaboration politique requise pour réussir

Par conséquent, les pays doivent rechercher un séquençage des politiques et des synergies lorsqu’ils conçoivent et mettent en œuvre des stratégies de relèvement de la ZLECAf et du Covid-19. Compte tenu des défis de développement posés par les FFI et de leurs liens avec le commerce et d’autres activités transfrontalières, la coopération entre les autorités douanières africaines, les institutions financières et les organismes de réglementation fournis dans le cadre de la ZLECAf offre une opportunité de suivre et de combattre ces flux.

La ZLECAf pourrait jeter les bases d’actions mieux intégrées, notamment : l’harmonisation des lois et pratiques en matière d’investissement; l’amélioration de la collecte de données et du partage d’informations pour mieux suivre les FFI; renforcement des capacités institutionnelles; et la promotion de la transparence et de la responsabilité aux niveaux de l’État et du secteur privé, ce qui est essentiel pour lutter contre de nombreuses formes de FFI.

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