Accueil DEVELOPPEMENT Quid des enjeux de la présence de Chevron en Afrique centrale ?

Quid des enjeux de la présence de Chevron en Afrique centrale ?

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Selon la Chambre africaine de l’énergie, l’entrée de Chevron en Guinée équatoriale et au Cameroun pourrait être un tournant pour l’industrie gazière d’Afrique centrale. La Chambre estime qu’en tant qu’opérateur du méga-hub gazier offshore, elle pourrait être transformatrice pour l’avenir du gaz en Afrique centrale

L’acquisition récemment annoncée de Noble Energy par Chevron pour 13 milliards de dollars donne à la major américaine une entrée dans le secteur pétrolier et gazier de Guinée équatoriale, où Noble Energy détient des participations dans le champ d’Alba (33% de WI non exploité et 32% de revenus), le Bloc O (champs d’Alen avec 51% de WI et 45% d’intérêt dans les revenus) et le Bloc I (champs d’Aseng avec 40% WI et 38% d’intérêt dans les revenus).

Ces actifs en Guinée équatoriale représentent 94 millions de barils d’équivalent pétrole de réserves prouvées développées et 38 millions de barils d’équivalent pétrole de réserves prouvées non développées. Par ailleurs, Noble Energy était également l’opérateur du Bloc YoYo au Cameroun et du bloc en eau profonde de Doujou Dak (60% WI) au Gabon, où elle était en train d’évaluer des données sismiques 3D récemment acquises.

L’acquisition a soulevé plusieurs préoccupations et interrogations, principalement parce que ces actifs font actuellement l’objet du plus ambitieux projet de développement gazier de la région CEMAC. Alors que le champ d’Alba alimente en gaz le complexe de Punta Europa en Guinée équatoriale depuis des décennies, y compris l’usine de GNL EG, l’usine de méthanol AMPCO et l’usine de GPL d’Alba, ses réserves en baisse ont conduit au développement des champs d’Alen et d’Aseng comme sources alternatives de gaz.

En 2019, Noble Energy était au cœur d’un accord révolutionnaire pour le lancement du projet de monétisation d’Alen, censé assurer un approvisionnement continu et stable en gaz au terminal de GNL de Guinée équatoriale et aux infrastructures génératrices de revenus en aval.

Le projet est toujours sur la bonne voie pour être livré en 2021. Il constitue aussi la première étape du développement d’un méga-hub gazier offshore beaucoup plus large dans le golfe de Guinée. Ce hub gazier régional comprendrait à terme le développement des découvertes de Yolanda et YoYo situées dans le bloc I de la Guinée équatoriale et le bloc YoYo du Cameroun, tous deux exploités par Noble.

Le programme est l’une des entreprises gazières transfrontalières les plus ambitieuses d’Afrique, et l’acquisition de Noble par Chevron a inquiété l’industrie pour l’avenir du projet sous un nouveau statut d’exploitant.

Cependant, la Chambre africaine de l’énergie estime que l’entrée de Chevron en tant qu’opérateur du méga-hub gazier offshore pourrait être transformatrice pour l’avenir du gaz en Afrique centrale, en particulier à un moment où la Guinée équatoriale, le Cameroun, le Gabon et le Congo multiplient tous les efforts pour monétiser leurs réserves nationales de gaz.

Chevron est en effet un véritable acteur gazier sur le marché africain. Au Nigéria, elle mène les efforts de commercialisation du gaz naturel depuis des décennies à travers ses projets Escravos visant la monétisation de 18 Tcf de gaz. Ceux-ci ont abouti à l’usine Escravos Gas-to-Liquids et à l’usine à gaz d’Escravos, deux pierres angulaires de la stratégie de développement gazier du Nigeria.

Dans les blocs 0 et 14 de l’Angola, Chevron a démontré une capacité remarquable à investir dans la réduction du torchage et la monétisation du gaz. Dans le bloc 0, il exploite toujours ce qui est le plus grand navire FPSO de GPL du monde, transformant le gaz précédemment torché en carburants plus propres pour les Africains et les marchés mondiaux.

Occasion pour NJ Ayuk, président de la Chambre africaine de l’énergie de préciser les attentes de cette approche. « Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’une approche pragmatique de bon sens qui accueille des investisseurs crédibles et voit le gaz prendre la tête du développement économique et de l’industrialisation, par conséquent l’entrée de Chevron est extrêmement bien accueillie et devrait être acceptée par toutes les parties prenantes », a –t-il déclaré.

Et d’ajouter : « Les approbations des transactions et des projets ne doivent pas être retardées inutilement, garantissant une prise de contrôle rapide et efficace dans la région afin que les projets gaziers en cours ne soient pas affectés. Cette acquisition donne à la région un acteur gazier très expérimenté et crédible avec des solutions éprouvées, vraies et testées pour soutenir nos ambitions gazières. La Chambre estime que des approbations accélérées et des mesures de bon sens autour de cet accord permettront à l’industrie de fonctionner ».

Quant à  Leoncio Amada NZE, président de la région CEMAC à la Chambre africaine de l’énergie, il décline les enjeux de la présence de Chevron dans la sous-région. « De par sa présence nigériane et angolaise, Chevron comprend les enjeux et les opportunités du développement de contenu africain. Nous espérons que son entrée sera bénéfique du point de vue du contenu local et du renforcement des capacités ».

Avant de conclure, « Nous espérons que les autorités du Cameroun et de Guinée équatoriale pourront mettre en œuvre un processus de diligence raisonnable efficace et rapide, et veiller à ce que Noble remplisse toutes ses obligations de sortie et de création d’une transition transparente pour Chevron. C’est l’occasion pour nos pouvoirs publics de démontrer leur engagement à responsabiliser l’investissement et à sortir d’une ère d’incertitude pour donner confiance aux futurs investisseurs et rester compétitifs ».

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