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Huile de palme : 3 questions pour comprendre la polémique

Emmanuelle Wargon, secrétaire d'état auprès du Ministre d'état, Ministre de la Transition écologique et solidaire, ici au Palais de l'Elysée, à l'occasion du premier Conseil des Ministres, suite au remaniement après le départ du ministre de l'Intérieur.

Les propos de la nouvelle secrétaire d’État française à l’Écologie, Emmanuelle Wargon en faveur de l’huile de palme ont ravivé la controverse autour de cette substance.

« L’huile de palme est un produit essentiel pour les laits infantiles ». Voilà, en substance, ce que déclarait en juillet dernier l’ancienne responsable de communication de Danone et désormais secrétaire d’État à l’Écologie, Emmanuelle Wargon. Quelques heures après sa nomination au gouvernement le 16 octobre, plusieurs médias ainsi que Yannick Jadot, tête de liste EELV et Benoît Hamon, fondateur du mouvement Générations, diffusaient cette séquence sur les réseaux sociaux.

« L’huile de palme (…) est un ingrédient qui fait l’objet de plus en plus de méfiance, à la fois pour des raisons environnementales, à cause des ravages que ça peut causer dans certaines parties du sud-est asiatique, et aussi pour une forme de défiance, d’absence de naturalité. Et pourtant l’huile de palme est le meilleur ingrédient pour les laits infantiles et donc on en a besoin et on est tout à fait capable d’expliquer pourquoi », affirmait alors Emmanuelle Wargon.

Pour certains, le positionnement de la nouvelle ministre sur cette huile végétale controversée ne passe tout simplement pas. « C’est un très mauvais signal pour l’écologie », commentait ainsi le député EELV Yannick Jadot sur RTL le 17 octobre.

De son côté, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a assuré que la nouvelle ministre avait dans sa « feuille de route » le « combat » contre cette huile végétale.
Mais au fait… Pourquoi cette huile végétale fait-elle autant polémique ? Déforestation, santé, biodiversité… Voici quelques points de repères à connaître pour comprendre les enjeux de cette controverse.

1 – Pourquoi l’huile de palme est-elle autant utilisée ?
Céréales, pain, pâte à tartiner, confiseries, biocarburants… Tous ces produits contiennent de l’huile de palme, une substance extraite de la pulpe des fruits du palmier à huile. Avec plus de 60 millions de tonnes produites chaque année, il s’agit de l’huile végétale la plus consommée dans le monde.

Il faut dire que l’huile de palme possède un attrait non négligeable : sa production est très économique. Le rendement du palmier à huile est dix fois plus élevé que celui du soja. Autres avantages : ce corps gras est pratique à transporter, il se conserve bien et confère aux produits une texture fondante agréable.

2 – Pourquoi est-elle controversée ?
Mais pourquoi l’huile de palme fait-elle autant polémique ? Tout d’abord, la production du fameux « or rouge » est étroitement corrélée à la déforestation massive. Selon l’ONG Greenpeace, l’activité de vingt-cinq plus gros producteurs d’huile de palme a détruit plus de 130.000 hectares de forêts depuis 2015, soit la superficie de la Martinique. En Indonésie, la moitié de la forêt a déjà disparu en cinquante ans.

Cette déforestation massive a des conséquences désastreuses pour la biodiversité : privé de son habitat naturel, l’orang-outan est en voie de disparition. Dans certaines régions, 90% de ces animaux sont morts. Il y aussi l’impact sur le climat. Dans les forêts, les arbres retiennent le carbone. Si ces arbres sont coupés et brûlés, cela dégage des gaz à effet de serre dont les premières victimes sont les populations locales.

L’huile de palme est également souvent pointée du doigt pour ses effets sur notre santé. Sa teneur élevée en gras saturés favoriserait l’apparition du mauvais cholestérol dans le sang, et favoriserait les risques de développer une maladie cardiovasculaire.

3 – Sa production est-elle encadrée ?
Face à sa mauvaise réputation, de nombreuses marques ont choisi d’enlever l’huile de palme de leurs recettes, en la remplaçant par exemple par de l’huile de colza. Un étiquetage « Sans huile de palme » a également été créé en 2014. On peut désormais le retrouver sur certains produits vendus en supermarchés.

Si certains acteurs choisissent de se détourner de ce produit, d’autres militent plutôt pour le développement d’une huile de palme plus respectueuse de l’environnement. « On n’est pas hostile par principe à l’huile de palme », déclarait ainsi le directeur général du WWF France Pascal Canfin. « Si c’est bien fait, ce n’est pas pire que les autres protéagineux. Mais dans l’immense majorité des cas, c’est mal fait et la réalité de son explosion fait que c’est une des principales causes de déforestation », a-t-il précisé.

En 2015, plusieurs pays européens parmi lesquels l’Allemagne ou la France, se sont engagés à aller vers 100% d’huile de palme issue de productions durables à l’horizon 2020. Concrètement, cela signifie que l’huile de palme ne doit pas être produite sur des tourbières ou des forêts primaires, que sa culture ne doit pas être source de conflits avec les populations locales et qu’elle ne doit pas employer des enfants.

Mais malgré ces timides avancées, aucune réglementation n’impose pour l’heure aux pays de l’Union européenne de contrôler l’origine de l’huile de palme importée sur leur territoire.

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