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Dix ans après Lehman, le système financier est plus sûr

Il faut à présent éviter toute lassitude à l’égard des réformes

Dix ans après que l’effondrement de Lehman Brothers a déclenché la plus grave crise économique depuis la Grande Dépression, la réglementation et la surveillance du secteur financier ont été nettement renforcées. Cela a réduit le risque d’une autre crise, avec tous les problèmes qui en découlent, à savoir le chômage de masse, les saisies immobilières et les faillites. Mais un nouveau risque est apparu : la lassitude à l’égard des réformes.

Alors que les souvenirs de la crise s’estompent, les acteurs des marchés financiers, les dirigeants et les électeurs se lassent des appels à de nouvelles réglementations et certains exigent même que l’on revienne sur celles qui existent. Il y a de bonnes raisons de résister à ces pressions.

Le programme de réformes qui visait à empêcher une nouvelle crise financière n’a pas encore été totalement mis en œuvre et de nouveaux risques pour la stabilité financière dans le monde continuent à voir le jour. Pour achever le programme et répondre aux nouveaux défis, une coopération internationale sera indispensable, d’après le chapitre 2 du dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde (Global Financial Stability Report, GFSR).

Un système financier plus sûr
Le système financier est certes plus sûr aujourd’hui. Les banques disposent de volants de fonds propres plus étoffés et de meilleure qualité pour absorber les pertes. Elles sont à présent plus en mesure de transformer des actifs en liquidités durant les périodes difficiles.

Les pays ont aussi recours aux tests de résistance pour vérifier la santé des plus grandes banques et ont mis sur pied des autorités de surveillance pour contrôler les risques qui pèsent sur le système financier. Il faut toutefois aller encore plus loin. La mise en place du ratio dit de levier, qui limite la capacité des banques à croître de manière exagérée pendant les périodes d’essor, devrait en particulier être finalisée. En outre, les autorités de contrôle ne doivent pas relâcher leur surveillance des grandes banques dont la faillite pourrait menacer le système financier.

• Liquidité. Avant la crise, de nombreuses sociétés financières ont emprunté des capitaux à court terme sur les marchés de gros afin de financer des actifs à plus long terme. Lorsque les difficultés sont survenues, elles n’ont pas pu reconduire les emprunts à court terme et ont été contraintes de vendre des actifs à prix bradés.

• En réaction, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, qui établit des normes à l’échelle mondiale, a instauré le ratio de liquidité à court terme et le ratio structurel de liquidité à long terme. L’objectif était d’inciter les banques à détenir des actifs plus liquides pour se protéger contre une diminution subite des financements et de mieux faire concorder les échéances de leurs actifs et de leurs passifs. Les pays ont pour la plupart adopté le ratio de liquidité à court terme. En revanche, l’adoption du ratio structurel de liquidité à long terme est encore en cours et il faut aller jusqu’au bout sur ce point.

• Réglementation macroprudentielle. Des pays, dont l’Inde et les États-Unis, ont mis en place des autorités pour contrôler et réduire les risques systémiques. Toutefois, dans de nombreux pays, ces autorités ne sont pas dotées de pouvoirs et d’outils suffisants pour enrayer l’accumulation excessive de dettes et les asymétries des sociétés non financières et des ménages. Il faudrait aussi améliorer la coopération internationale en matière de partage de données et de risques systémiques.

• Banque parallèle. Les pays ont accompli des progrès sur le front de la surveillance et, dans une moindre mesure, de la réglementation prudentielle des banques dites parallèles, par exemple les sociétés de gestion de portefeuille. Il faut néanmoins aller encore plus loin et, dans de nombreux pays, dont la Chine et d’autres pays émergents, la croissance rapide de la banque parallèle pourrait créer des risques pour d’autres composantes du système financier.

Résolution bancaire. Pendant la crise, les sauvetages de grandes banques onéreux et financés par les contribuables, s’ils ont permis de contenir les retombées négatives sur le système financier, ont suscité des réactions hostiles des populations. Après la crise, les pays ont adopté des mesures qui facilitent la liquidation ou la résolution de grandes banques en imposant des coûts plus élevés aux actionnaires et en limitant le recours à des fonds publics.

Cependant, s’agissant des dispositifs de résolution pour les compagnies d’assurance, les progrès ont été moindres et la coopération internationale pour faire face à la défaillance des plus grandes banques mondiales s’avère particulièrement problématique.
Ces éléments figurent parmi les lacunes qui subsistent dans les mesures réglementaires d’après-crise. Toutefois, de nouveaux risques apparaissent aussi, dont la menace de cyberattaques déstabilisantes qui plane sur les sociétés financières et les marchés boursiers.

Les nouvelles technologies financières, tout en procurant des avantages comme des paiements électroniques plus rapides et moins onéreux, créent aussi des problèmes.
Les autorités de contrôle doivent s’efforcer d’encourager les innovations positives tout en se protégeant contre les risques qui pourraient amplifier les chocs pour le système financier. Une fois encore, une coopération internationale sera cruciale car les technologies innovantes se diffusent rapidement dans tous les pays.

Surtout, les autorités de contrôle doivent éviter tout relâchement de la vigilance. Il n’est pas possible de réduire à zéro la probabilité d’une crise et il ne faut pas non plus s’y employer. Après dix années passées à mettre en œuvre les nouvelles réformes, une évaluation des effets de ces dernières sur l’ensemble de l’économie s’impose.

Les autorités de contrôle pourraient ensuite déterminer si les coûts et les inconvénients des nouvelles règles et les avantages d’une plus grande sécurité s’équilibrent. Elles doivent garder à l’esprit que les risques ont tendance à s’accroître pendant les périodes favorables et qu’ils migrent vers de nouveaux recoins inattendus du système financier. Elles ne doivent pas se contenter de répéter le passé mais au contraire s’adapter à la nouveauté.

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